﷽
Parmi les paroles très répandues au sujet du mérite de la mère figure la formule : « Le Paradis est sous les pieds des mères. »
Elle est fréquemment citée comme une parole du Prophète ﷺ exhortant à honorer sa mère, à lui témoigner de la bienfaisance et à reconnaître l’immensité du droit qu’Allah ﷻ lui a accordé.Cependant, cette formulation n’est pas authentique !
L’imam Ibn ʿAdī(1) l’a en effet rapportée d’après Ibn ʿAbbās رضي الله عنهما, par une chaîne dans laquelle se trouve Mūsā ibn Muḥammad ibn ʿAṭāʾ Al-Dimyāṭī, au sujet duquel les imams de la critique ont tenu des propos particulièrement sévères, allant jusqu’à l’accuser de mensonge et à rejeter ses narrations.(2)
Elle a également été rapportée d’après Anas رضي الله عنه, par une autre chaîne(3) dans laquelle se trouvent Manṣūr ibn Al-Muhājir(4) et Abū Al-Naḍr Al-Abār(5), qui sont inconnus.
Plusieurs savants(6) ont ainsi expressément mentionné que cette narration n’est pas établie. Shaykh Al-Islām Ibn Taymiyya(7) et Shaykh Al-Albānī(8) l’ont même citée parmi les narrations inventées.
Il ne convient donc pas d’attribuer cette formulation au Prophète ﷺ.
Cela ne signifie cependant aucunement que le mérite immense de la mère que les gens cherchent généralement à exprimer par cette parole soit dépourvu de fondement. Bien au contraire, le Livre d’Allah ﷻ et la Sunna authentique contiennent des textes suffisamment clairs pour établir son rang et la grandeur de son droit, sans que nous ayons besoin de recourir à une narration qui n’est pas authentiquement établie.
Allah ﷻ a effectivement associé l’ordre de Lui vouer exclusivement l’adoration à celui d’agir avec excellence envers les parents. Il ﷻ dit : ﴾ Ton Seigneur vous ordonne de n’adorer que Lui et de faire preuve de bonté envers vos père et mère. Si l’un d’eux ou tous deux atteignent l’âge de la vieillesse auprès de toi, ne leur dis point : “Fi !”, ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles affectueuses. ﴾23﴿ Et par miséricorde, fais preuve d’humilité envers eux, et dis : “Seigneur ! Sois miséricordieux envers eux, comme ils l’ont été envers moi, lorsqu’ils m’ont élevé quand j’étais enfant.” ﴿(9)
Allah ﷻ dit également : ﴾ Nous avons enjoint à l’homme d’être bienveillant envers ses parents. Sa mère a subi pour lui peine sur peine en le portant [et en l’allaitant] deux années durant jusqu’à son sevrage. Sois donc reconnaissant envers Moi, ainsi qu’envers tes parents. C’est vers Moi seul que tout fera retour. ﴿(10)
Abū Hurayra رضي الله عنه rapporte aussi qu’un homme vint auprès du Messager d’Allah ﷺ et lui demanda : « Ô Messager d’Allah ! Quelle personne mérite le plus ma bonne compagnie ? » Le Prophète ﷺ répondit : « Ta mère ! » L’homme demanda : « Puis qui ? » Il ﷺ répondit : « Ta mère ! » Il demanda : « Puis qui ? » Il ﷺ répondit : « Ta mère ! » Il demanda encore : « Puis qui ? » Il répondit : « Ton père ! »(11)
La place particulière accordée à la mère dans la religion ne repose donc pas sur une simple formule devenue célèbre. Elle repose sur des textes authentiques qui rappellent ce qu’elle endure et qui établissent le droit considérable qu’elle possède sur son enfant.
La grossesse, l’accouchement, l’allaitement, les soins, les nuits passées auprès de l’enfant, son éducation et tout ce que cela comporte de fatigue expliquent en partie pourquoi le Prophète ﷺ a répondu trois fois : « Ta mère ! », avant de dire : « Ton père ! »
La véritable bienfaisance apparaît alors dans les actes. Elle se manifeste dans la manière de lui parler, dans la patience face à ce qui peut devenir difficile avec l’âge, dans le fait de répondre à ses besoins, de lui rendre service et de supporter ce qui peut parfois peser sans lui rappeler ce que l’on accomplit pour elle.
Plus encore, le croyant doit se souvenir qu’il ne pourra jamais considérer quelques années passées à servir sa mère comme l’équivalent de ce qu’elle a elle-même supporté pour lui. Lorsqu’il était incapable de subvenir au moindre de ses besoins, elle prenait soin de lui sans attendre qu’il puisse lui rendre quoi que ce soit. Lorsqu’elle devient à son tour faible et dépendante, l’enfant se trouve devant une immense porte de bienfaisance et de reconnaissance.
Cette bienfaisance ne signifie toutefois pas que l’obéissance aux parents serait absolue. Leur droit, aussi immense soit-il, demeure soumis au droit d’Allah ﷻ. Allah ﷻ a ainsi évoqué le cas où les parents appelleraient leur enfant à Lui donner un associé, tout en lui ordonnant malgré cela de continuer à les accompagner convenablement dans ce bas monde : ﴾ S’ils te contraignent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas [en cela], tout en te comportant envers eux, ici-bas, avec bonté. Suis le sentier de celui qui revient vers Moi repentant. Ensuite, c’est vers Moi seul que vous ferez retour, et Je vous informerai alors de ce que vous faisiez. ﴿(12)
Donc même lorsque le musulman ne peut obéir à ses parents dans une chose déterminée, le bon comportement envers eux demeure. Le refus d’une demande contraire à la religion ne justifie ni la dureté, ni l’insolence, ni le mépris.
C’est cet équilibre que les textes authentiques établissent. La mère possède un droit immense, et la bienfaisance envers elle compte parmi les œuvres les plus importantes.
Nous n’avons donc aucun besoin d’attribuer au Messager d’Allah ﷺ une parole qui n’est pas authentiquement établie pour rappeler le mérite de la mère.
La grandeur du droit de la mère est incontestablement établie par le Coran et la Sunna authentique, mais la formulation étudiée ici ne doit pas être présentée comme un hadith authentique.
Ce qui est authentiquement rapporté suffit !
Puisse Allah ﷻ nous accorder la bienfaisance envers nos parents, nous permettre de reconnaître le droit immense de nos mères, nous aider à leur témoigner douceur, patience et respect, et nous pardonner nos manquements envers elles.
Écrit par l’humble serviteur espérant le pardon de son Seigneur :
ʿĀdil Al-Ṣiqilī

1 : « Al-Kāmil fī Ḍuʿafāʾ Ar-Rijāl » (n° 15630)
2 : « Mīzān Al-Iʿtidāl » (v. 4, p. 219) ; « Lisān Al-Mīzān » (v. 6, p. 127)
3 : Rapporté par Al-Quḍāʿī dans « Musnad Al-Shihāb » (n° 119), Al-Khaṭīb Al-Baghdādī dans « Al-Jāmiʿ li-Akhlāq Ar-Rāwī wa Ādāb As-Sāmiʿ » (n° 1702) et Al-Dūlābī dans « Al-Kunā wa-l-Asmāʾ » (n° 1911)
4 : « Taqrīb al-Tahdhīb » (n° 6909)
5 : « Silsilat Al-Aḥādīth Al-Ḍaʿīfa » (v. 14, p. 938)
6 : « Al-Maqāṣid Al-Ḥasana » (n° 373) ; « Tamyīz Al-Ṭayyib min Al-Khabīth » (p. 66) ; « Kashf Al-Khafāʾ » (n° 1078)
7 : « Al-Aḥādīth Al-Mawḍūʿa wa-l-Bāṭila » (p. 56)
8 : « Silsilat Al-Aḥādīth Al-Ḍaʿīfa » (n° 593)
9 : Al-Isrāʾ, v. 23-24
10 : Luqmān, v. 14
11 : Al-Bukhārī (n° 5971) et Muslim (n° 2548)
12 : Luqmān, v. 15