﷽
Parmi les paroles très répandues au sujet du repentir figure cette formule : « Le repentir efface ce qui le précède. »
Cette formule est souvent employée pour montrer que le repentir sincère efface les péchés commis auparavant. Son sens général peut sembler juste, puisque les textes de la religion établissent effectivement l’immensité du repentir et ses effets sur celui qui revient véritablement vers Allah ﷻ.
Toutefois, comme pour toute parole attribuée au Messager d’Allah ﷺ, la conformité apparente de son sens avec les enseignements de l’Islam ne suffit pas à en faire un hadith.
Ainsi, concernant précisément cette formule, Shaykh Al-Albānī رحمه الله a dit : « Je ne lui connais aucune origine. »(1)
Il n’est donc pas correct d’attribuer cette formule au Messager d’Allah ﷺ.
Cependant, le fait qu’elle ne soit pas établie comme hadith ne signifie aucunement que le repentir sincère n’efface pas le péché. Bien au contraire, il est rapporté d’après ʿAbd Allah ibn Masʿūd رضي الله عنه que le Prophète ﷺ a dit : « Le repentant du péché est comme celui qui n’a pas de péché… »(2)
Ainsi, il n’est nullement nécessaire d’attribuer au Prophète ﷺ une formule dont l’origine n’est pas établie pour affirmer une réalité que la Sunna établit déjà.
Cette parole permet également de comprendre une question importante : lorsqu’un serviteur se trouvait dans un certain état de proximité avec Allah, puis descendit de cet état en raison d’un péché avant de s’en repentir, revient-il après son repentir à ce qu’il était auparavant, demeure-t-il à un rang inférieur, ou peut-il au contraire revenir meilleur qu’il ne l’était ?
L’imam Ibn Al-Qayyim رحمه الله a consacré à cette question un développement particulièrement bénéfique.
Il dit : « Lorsque le serviteur possédait un état ou un rang auprès d’Allah, puis en descendit à cause d’un péché qu’il commit avant de s’en repentir, revient-il à l’état qui était le sien auparavant ou n’y revient-il pas ? Et s’il y revient, revient-il à un rang inférieur et à un degré moindre, ou revient-il meilleur qu’il ne l’était ?
Un groupe a dit : il revient, par le repentir, à un état semblable à son premier état, car le repentant du péché est comme celui qui n’a pas de péché.(3) Lorsque la trace du péché est effacée par le repentir, son existence devient semblable à son inexistence, comme s’il n’avait jamais eu lieu, et le serviteur revient alors à un état semblable au sien.
Ils ont dit : le repentir consiste à revenir vers Allah après s’être enfui loin de Lui. La désobéissance est en effet une fuite du serviteur loin de son Seigneur. Lorsqu’il se repent à Allah, il est revenu vers Lui. Or, puisque le repentir signifie le retour, s’il ne revenait pas à son premier état auprès d’Allah, son repentir ne serait pas complet. Et la discussion porte précisément sur le repentir sincère.
Ils ont dit : le repentir efface la trace du péché dans le présent par le fait de l’abandonner, et dans l’avenir par la ferme résolution de ne pas y revenir. Il efface donc également, dans son ensemble, la trace qu’il a laissée dans le passé. Parmi les effets du péché passé figurent l’abaissement de son rang auprès d’Allah et la diminution de celui-ci. Il faut donc nécessairement que cet effet soit supprimé par le repentir. Et lorsqu’il est supprimé, le serviteur revient à un état semblable au sien.
Ils ont dit : s’il demeurait après son repentir descendu de son rang, comme il l’était avant celui-ci, le repentir n’aurait pas effacé la trace du péché et n’aurait rien apporté relativement au passé. Et s’il revenait à un degré inférieur à son ancien rang sans l’atteindre, ce serait uniquement parce que l’effet du repentir serait insuffisant pour le ramener à son premier rang, et non parce qu’il serait insuffisant pour lui faire atteindre le rang auquel il est finalement parvenu.
Ils ont dit également : Allah ﷻ a lié les récompenses aux œuvres et les causes à leurs conséquences. Or la récompense est de même nature que l’œuvre. Lorsque le repentant revient de tout son cœur vers Allah d’un retour complet, Allah fait revenir sur lui son rang et son état. Le serviteur ne revient d’ailleurs vers Allah qu’après qu’Allah s’est d’abord tourné vers lui afin qu’il revienne, puis qu’Il se tourne vers lui une seconde fois.(4) Le repentir du serviteur est donc entouré de deux repentirs d’Allah : un repentir venant de Lui par permission et assistance, grâce auquel le serviteur s’est repenti, puis Allah se tourne vers lui par acceptation et satisfaction. Le repentir du serviteur se trouve ainsi entre deux repentirs venant d’Allah. Cela indique Son attention envers Son serviteur repentant, Sa bonté envers lui et Sa bienveillance à son égard. Comment pourrait-on alors dire qu’avec toute cette bonté et cette bienfaisance, Il ne le ramènerait pas à son état ?
Ils ont dit également : le repentir fait partie des œuvres d’obéissance les plus majestueuses et les plus obligatoires pour les croyants, de celles dont ils ont le plus besoin. Il compte parmi les actes d’obéissance les plus aimés d’Allah ﷻ, car Il aime ceux qui se repentent(5) et se réjouit du repentir de Son serviteur lorsqu’il revient vers Lui de la joie la plus grande et la plus parfaite.(6) Si [le repentir] possède un tel rang, celui qui l’accomplit réalise donc l’une des meilleures et des plus majestueuses œuvres de rapprochement. Si la désobéissance avait provoqué chez lui une chute et une diminution de rang, le repentir lui apporte au contraire un supplément d’avancement et d’élévation. Si son degré après le repentir n’était pas supérieur, il ne serait certainement pas inférieur.
Ils ont dit encore : lorsque nous comparons le tort causé par la désobéissance au rapprochement produit par le repentir, nous constatons que le bien obtenu par le repentir l’emporte sur le mal produit par la désobéissance. Et la discussion porte ici sur le repentir sincère et complet. Cela relève à la fois de la justice et de la grâce. Du point de vue de la justice, une mauvaise action est comptée comme une seule, tandis qu’une bonne action est comptée dix fois jusqu’à sept cents fois et bien davantage.(7) Cela montre combien le côté de la grâce et sa prédominance l’emportent. Il en va de même pour leur origine : la colère et la miséricorde. La miséricorde du Seigneur l’emporte sur Sa colère.(8)
Ils ont dit également : le péché est semblable à la maladie et le repentir à la guérison. Lorsqu’un serviteur tombe malade puis retrouve la santé et que celle-ci devient complète, sa santé revient à ce qu’elle était. Elle peut même revenir plus forte et plus parfaite qu’auparavant, car dans l’état de santé se trouvaient peut-être des douleurs et des maladies latentes. Lorsque la maladie est apparue, puis qu’elle a été éliminée par la guérison, sa force revient meilleure et plus complète qu’elle ne l’était. Comme l’a dit le poète :
“Peut-être qu’un mal dont tu redoutes les conséquences
apportera finalement la santé aux corps malades.”
Cet argument est l’un de ceux qu’invoque celui qui affirme que le serviteur revient, par le repentir, meilleur qu’il ne l’était avant celui-ci.
Ils ont également invoqué le fait que le repentir fait naître pour le serviteur un amour particulier d’Allah qui ne s’obtient pas sans lui. Le repentir constitue une condition pour obtenir [cet amour]. Et même s’il possédait par d’autres actes d’obéissance une autre forme d’amour, l’amour particulier qu’il obtient par le repentir ne s’acquiert pas autrement. Allah aime certes ceux qui se repentent, et parmi les conséquences de Son amour pour eux figure Sa joie devant le repentir de l’un d’entre eux, la joie la plus immense et la plus parfaite. Lorsque le repentir lui procure cet amour et le ramène aux actes d’obéissance qu’il accomplissait auparavant, leurs effets viennent s’ajouter à celui [de cet amour]. Les deux effets se renforcent alors et il obtient davantage de proximité et de moyen d’accès [à Allah].
Cela est contraire à ce que pourrait laisser penser celui qui connaît insuffisamment son Seigneur ﷻ, en croyant que lorsque Celui-ci pardonne le péché de Son serviteur, l’affection qu’Il avait pour lui avant sa faute ne revient pas. Ils se sont appuyés pour cela sur un récit israélite mensonger selon lequel Allah ﷻ aurait dit à Dāwūd عليه السلام : “Ô Dāwūd, quant au péché, Nous l’avons pardonné, mais l’affection ne reviendra pas.” Cela est catégoriquement faux. Après le repentir sincère, l’affection revient plus grande qu’elle ne l’était, car Allah ﷻ aime ceux qui se repentent. Et même si l’affection n’était pas revenue en raison de l’amour particulier produit par le repentir, Allah se réjouit du repentir de celui qui revient vers Lui. Or il est impossible qu’Il éprouve pour lui la joie la plus grande et la plus complète tout en ne l’aimant pas.
Médite également le secret de l’association de ces deux Noms dans Sa parole ﷻ : ﴾ Il est certes Celui qui créé [les êtres] une première fois et [les] ressuscite. ﴾13﴿ Il est Celui qui pardonne, Celui qui aime [Ses serviteurs croyants] et qui est aimé [par eux d’un amour pur sans commune mesure]. ﴿(9) Tu y trouveras une réfutation de celui qui prétend que l’affection et l’amour d’Allah envers Son serviteur ne reviennent jamais. Cela fait partie des trésors du Coran et des subtilités de sa compréhension. Cela réjouit le cœur sain, qui le saisit dans son ensemble, et le rend attaché à son Seigneur – Celui en dehors duquel il n’existe aucune divinité ni aucun Seigneur -. Le véritable amour envers Celui qu’on aime, dont on ne peut se passer et dont rien ne peut tenir lieu, ne pousse jamais à rechercher autre que Lui.
Ils ont également invoqué le fait que le serviteur peut devenir meilleur après le repentir qu’il ne l’était avant la faute, car le péché fait naître en lui la crainte, l’humilité, la brisure, l’abaissement devant Allah, l’imploration, les pleurs sur sa faute, le regret, la tristesse et la compassion. Or tout cela fait partie des meilleurs états du serviteur et de ceux qui lui sont les plus bénéfiques dans sa vie présente et dans l’au-delà. Ces choses ne se seraient pas produites sans leurs causes, puisque l’effet nécessaire ne se produit pas sans ce qui l’entraîne. Allah ﷻ aime de Son serviteur qu’il se brise devant Lui, qu’il s’humilie, qu’il s’abaisse entre Ses mains, qu’il recherche Sa compassion et qu’il Lui demande de l’absoudre, de lui pardonner et de passer outre son crime et sa faute. Ainsi, lorsqu’Il décrète à son égard le péché et qu’en résultent ces effets qu’Il aime, ce décret devient alors un bien pour lui. Et cela n’est propre qu’au croyant. C’est pourquoi certains salafs ont dit : “Si le repentir n’était pas la chose [qu’Allah] aime le plus, Il n’aurait pas éprouvé par le péché la plus noble de Ses créatures.”
Il est également rapporté dans certains récits qu’Allah ﷻ aurait dit à Dāwūd عليه السلام : “Ô Dāwūd, tu entrais autrefois auprès de Moi comme entrent les rois auprès des rois ; aujourd’hui, tu entres auprès de Moi comme entrent les serviteurs auprès des rois.” Plusieurs salafs ont dit : “Dāwūd était meilleur après le repentir qu’avant la faute.” Ils ont dit : cela est confirmé par Sa parole ﷻ : ﴾ Nous lui avons pardonné cela. [Dans l’au-delà], il serra proche de Nous et jouira d’un excellent lieu de retour. ﴿(10) Allah lui ajouta donc au pardon deux choses : la proximité, qui est le degré de rapprochement auprès de Lui, au sujet de laquelle les imams parmi les salafs ont tenu des paroles que la raison des Jahmiyya et de leurs semblables ne peuvent supporter ; celui qui veut les connaître n’a qu’à les rechercher dans les exégèses des salafs. La seconde est le beau lieu de retour, c’est-à-dire la bonne destination et l’excellent refuge auprès d’Allah. Ils ont dit : celui qui médite l’augmentation de proximité accordée à Dāwūd après le pardon saura que ce que nous avons dit est juste et que le serviteur peut revenir meilleur après le repentir qu’il ne l’était auparavant.
Ils ont dit également : la servitude possède des exigences, des règles, des secrets et des perfections qui ne peuvent être obtenus qu’ainsi. Parmi les plus importantes figure l’accomplissement du rang d’humilité devant le Puissant, le Miséricordieux. Allah ﷻ aime de Son serviteur qu’il réalise pleinement le rang d’humilité devant Lui. Telle est la réalité même de la servitude et son dérivé l’indique, car les Arabes disent : “une route muʿabbad”, c’est-à-dire une route rendue humble par les pas.
L’humilité est de plusieurs sortes :
La première est l’humilité de celui qui aime devant Celui qu’il aime.
La deuxième est l’humilité du serviteur possédé devant son maître.
La troisième est l’humilité de celui qui commet une faute devant Celui qui lui a accordé des bienfaits et qui s’est montré bon envers lui.
La quatrième est l’humilité de celui qui est incapable d’obtenir tous ses intérêts et ses besoins devant Celui qui possède le pouvoir de les réaliser, puisqu’ils sont entre Ses mains et sous Son ordre. Sous cette dernière catégorie se trouvent deux formes. La première est son humilité dans le fait qu’Il lui procure ce qui lui est profitable. La seconde est son humilité dans le fait qu’Il repousse de lui ce qui lui nuit continuellement. Entre dans cette catégorie l’humilité produite par les calamités, telles que la pauvreté, la maladie et les différentes formes d’épreuves et d’adversité.
Ce sont donc cinq formes d’humilité. Lorsque le serviteur les comprend comme il convient, en saisit les réalités et en est témoin comme il se doit, lorsqu’il connaît ce qui est voulu de lui et se tient devant son Seigneur en ayant pleinement conscience de cette humilité sous tous ses aspects, de Sa puissance, de Sa grandeur et de Sa majesté, alors même si ses œuvres sont peu nombreuses, il occupe un rang supérieur à celui de beaucoup [de gens] dont les œuvres sont plus nombreuses.
Ils ont dit : ce sont là des secrets qui ne peuvent être saisis par de simples paroles. Quant à celui qui n’en possède aucune part, qu’il laisse les montures à leur guide et remette l’arc à celui qui l’a façonné, car :
“Les philosophes les ont créées sans fondement,
et l’amour véritable possède des foies et des paupières.”
Ils ont dit également : il est authentiquement rapporté du Prophète ﷺ qu’il a dit : “Allah est plus heureux du repentir de Son serviteur que l’un d’entre vous ne l’est de retrouver sa monture égarée.”
Ils ont dit : c’est là la forme de joie la plus grande et la plus complète. Le propriétaire de cette monture avait avec elle ce qui assurait sa survie en nourriture et en boisson. C’était son moyen de transport pour parcourir la distance de son voyage. S’il ne la retrouvait pas, son chemin serait interrompu, même s’il avait encore sa nourriture et sa boisson. Puis il la perdit dans une terre déserte, sans compagnon auprès duquel trouver du réconfort, sans aide auprès de laquelle chercher assistance et miséricorde, puis dans une terre mortelle où il n’y avait ni eau ni nourriture. Lorsqu’il désespéra de la vie après l’avoir perdue et qu’il s’assit en attendant la mort, voilà que sa monture apparut soudainement devant lui et s’approcha de lui. Quelle joie pourrait égaler cette joie ? Même s’il existait dans le monde une joie plus grande que celle-ci, le Prophète ﷺ l’aurait prise comme exemple. Malgré cela, Allah se réjouit du repentir de Son serviteur, lorsqu’il revient vers Lui, davantage encore que cet homme ne se réjouit de retrouver sa monture.
Et sous cela se trouve un immense secret dont Allah réserve la compréhension à qui Il veut. Si tu es de ceux dont le voile s’est épaissi et dont l’âme et le tempérament se sont alourdis, alors à toi la vallée des sots : c’est la vallée de ceux qui détournent les paroles de leurs véritables places et les appliquent à autre chose que le sens qui en est voulu. C’est une vallée que bien des gens ont empruntée ; ils se sont dispersés dans ses ramifications, ses chemins et ses dédales, sans qu’aucun de leurs pas n’y trouve de stabilité ni qu’ils puissent en sortir pour se réfugier auprès d’un appui solide. Ils y sont plutôt tels celui qui ramasse du bois dans l’obscurité de la nuit et tel le torrent qui fracasse tout sur son passage.
Et si Allah te sauve de cette vallée, médite alors ces paroles prophétiques préservées de l’erreur, par lesquelles celui qui les a prononcées visait le plus haut degré de clarté, et qui émanent d’une connaissance parfaite d’Allah et d’une parfaite sincérité dans le conseil adressé à la communauté.
Or, avec ces trois qualités — je veux dire : la perfection de la clarté de celui qui parle, son éloquence et l’excellence avec laquelle il exprime les significations ; la perfection de sa connaissance et de son savoir concernant ce qu’il exprime ; et la perfection de sa sincérité dans le conseil ainsi que de sa volonté de guider les créatures —, il est impossible qu’il leur adresse une parole sans vouloir d’eux ce qu’indique son discours, mais qu’il entende par celle-ci une chose éloignée de ce discours, que celui-ci n’indiquerait que de la manière dont les énigmes et les devinettes indiquent leur solution, alors même qu’il est capable d’exprimer ce sens par la formulation la plus belle et la plus concise. Comment pourrait-il donc lui convenir de se détourner de ce qu’exige une expression claire, qui lève toute difficulté et dissipe toute ambiguïté, pour précipiter la communauté dans les vallées des interprétations et les ramifications des possibilités et des suppositions ? Gloire à Toi ! C’est là une immense calomnie !
Celui qui attribue à la parole d’Allah ﷻ ou à celle de Son Messager une chose semblable a-t-il véritablement estimé le Messager à sa juste valeur, ou Celui qui l’a envoyé à Sa juste valeur ?
L’éloquence du Messager, sa clarté, sa science et sa connaissance, la sincérité de son conseil et sa compassion rendent au contraire impossible que le sens qu’il vise par ses paroles soit celui que leur font porter ceux qui détournent les paroles de leurs véritables places et les interprètent autrement que selon leur juste interprétation, et que ses paroles soient du même genre que les énigmes et les devinettes.
Et la louange appartient à Allah, Seigneur des mondes. »(11)
Ce long développement permet de comprendre avec davantage de précision la parole : « Le repentant du péché est comme celui qui n’a pas de péché. »
Il ne s’agit pas seulement d’une formule destinée à rassurer celui qui a fauté. Le repentir sincère fait réellement disparaître la trace du péché, et il peut également produire chez le serviteur des œuvres du cœur qu’il ne possédait pas auparavant avec la même profondeur.
Il convient néanmoins de ne pas inverser le sens de cet enseignement. Le péché demeure un mal dont le musulman doit demander à Allah ﷻ de le préserver. Ce n’est pas la désobéissance qui élève le serviteur, mais le repentir sincère, la brisure devant Allah ﷻ, le regret, l’humilité, le retour vers Lui et les œuvres qui en découlent.
Ainsi, la formule « Le repentir efface ce qui le précède » ne doit pas être attribuée au Prophète ﷺ, car elle n’a aucune origine. Quant au sens que l’on cherche généralement à exprimer par cette formule, la Sunna nous dispense de recourir à ce qui n’est pas établi.
La préservation de la Sunna exige donc de distinguer ce qui est authentiquement rapporté du Messager d’Allah ﷺ de ce qui est simplement répandu parmi les gens.
Puisse Allah nous accorder un repentir sincère, effacer nos fautes, nous faire revenir vers Lui d’un beau retour, nous accorder l’humilité et la brisure du cœur devant Lui, et nous préserver d’attribuer à Son Messager ﷺ ce qu’il n’a pas authentiquement dit.
Écrit par l’humble serviteur espérant le pardon de son Seigneur :
ʿĀdil Al-Ṣiqilī

1 : « Silsilat al-Aḥādīth al-Ḍaʿīfa wa al-Mawḍūʿa » (n° 1039)
2 : Rapporté par Ibn Mājah (n° 4250), Al-Ṭabarānī (n° 10281) et Al-Quḍāʿī dans Musnad al-Shihāb (n° 108). Shaykh Al-Albānī l’a jugé bon en tenant compte de ses voies et témoignages corroborants dans « Ṣaḥīḥ Ibn Mājah » (n° 3446).
3 : Il est ici fait référence au hadith précédemment cité, dans lequel le Prophète ﷺ a dit : « Le repentant du péché est comme celui qui n’a pas de péché… »
4 : Allusion à la parole d’Allah ﷻ concernant les trois Compagnons dont le repentir fut différé : ﴾ Puis Il revint vers eux afin qu’ils se repentent. Allah est certes Celui qui accueille sans cesse le repentir, le Très-Miséricordieux. ﴿ (Al-Tawba, v. 118)
L’imam Ibn al-Qayyim tire notamment de ce verset que le repentir du serviteur est précédé par le fait qu’Allah se tourne vers lui en lui accordant la réussite et l’assistance nécessaires pour se repentir, puis suivi par Son acceptation de son repentir.5 : Allusion à la parole d’Allah ﷻ : ﴾ Allah aime certes ceux qui se repentent constamment et Il aime ceux qui se purifient.. ﴿ (Al-Baqara, v. 222)
6 : Allusion au hadith dans lequel le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Certes, Allah éprouve plus de joie devant le repentir de Son serviteur lorsqu’il revient à Lui que l’un d’entre vous qui se trouvait sur sa monture dans une terre désertique, puis celle-ci lui échappa alors que sa nourriture et sa boisson se trouvaient sur elle. Désespérant de la retrouver, il se rendit auprès d’un arbre et s’allongea à son ombre, ayant perdu tout espoir de retrouver sa monture. Alors qu’il se trouvait ainsi, voilà qu’elle se tint soudainement devant lui. Il la saisit par la bride, puis dit, sous l’intensité de sa joie : “Ô Allah ! Tu es mon serviteur et je suis Ton Seigneur !” Il se trompa sous l’intensité de sa joie. » Muslim (n° 2747)
7 : Allusion au hadith dans lequel le Messager d’Allah ﷺ a dit, rapportant de son Seigneur : « Certes, Allah a inscrit les bonnes et les mauvaises actions, puis Il a expliqué cela : celui qui envisage une bonne action sans l’accomplir, Allah l’inscrit auprès de Lui comme une bonne action complète. S’il l’envisage puis l’accomplit, Allah l’inscrit auprès de Lui comme dix bonnes actions, jusqu’à sept cents fois leur valeur et jusqu’à de nombreux multiples. Et celui qui envisage une mauvaise action sans l’accomplir, Allah l’inscrit auprès de Lui comme une bonne action complète. S’il l’envisage puis l’accomplit, Allah l’inscrit comme une seule mauvaise action. » Al-Bukhārī (n° 6491) et Muslim (n° 131)
8 : Allusion au hadith dans lequel le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Lorsqu’Allah acheva la création, Il écrivit dans Son Livre, qui se trouve auprès de Lui au-dessus du Trône : “Certes, Ma miséricorde l’emporte sur Ma colère.” » Al-Bukhārī (n° 3194) et Muslim (n° 2751)
Dans certaines recensions authentiques : « Ma miséricorde a précédé Ma colère. »9 : Al-Burūj, v. 13-14
10 : Ṣād, v. 25
11 : « Ṭarīq al-Hijratayn wa Bāb al-Saʿādatayn » (p. 220-225)