La religion, c’est le bon comportement ?

 

Parmi les paroles très répandues que certaines personnes citent comme étant un hadith du Prophète ﷺ figure cette parole : « La religion, c’est le bon comportement. »

Cette formule est parfois prononcée dans les sermons, les rappels et les conversations comme si elle constituait une parole prophétique connue. Son sens général peut sembler juste, puisque l’Islam accorde une place considérable au bon comportement, à la douceur, à la bienfaisance et à la manière dont le musulman se comporte avec les autres.

Toutefois, comme pour toute parole attribuée au Messager d’Allah ﷺ, la conformité apparente de son sens avec les enseignements de l’Islam ne suffit pas à en faire un hadith.

Concernant la formule « La religion, c’est le bon comportement », elle n’est pas connue comme étant une parole authentiquement rapportée du Prophète ﷺ. Il s’agit plutôt d’une parole répandue parmi les gens.

Shaykh Al-Albānī(1) a ainsi attiré l’attention sur cette formule en évoquant certaines paroles que des prédicateurs citent comme des hadiths alors qu’elles ne le sont pas. Il précisa qu’elle était mensongèrement attribuée au Prophète ﷺ et qu’il ne lui connaissait aucune origine, pas même dans les ouvrages consacrés aux hadiths inventés.

Il n’est donc pas correct d’attribuer au Messager d’Allah ﷺ la formule « La religion, c’est le bon comportement. »

Cependant, le fait que cette formule ne soit pas un hadith ne signifie aucunement que le bon comportement occupe une place secondaire dans la religion. Bien au contraire, les textes authentiques du Coran et de la Sunna suffisent amplement pour montrer l’importance de la douceur, de la patience, de la miséricorde et de la bienfaisance envers les créatures.

Le Prophète ﷺ fut ainsi interrogé : « Quelle religion Allah aime-t-Il le plus ? » Il ﷺ répondit : « La voie droite et tolérante. »(2)

Cette tolérance ne doit pas être comprise comme un simple principe théorique ou comme une qualité limitée à certaines circonstances. Elle apparaît concrètement dans les relations quotidiennes, dans la manière de parler, de vendre, d’acheter, de réclamer son droit et d’accorder aux autres ce qui leur revient.

C’est pourquoi le Prophète ﷺ invoqua en faveur de celui qui fait preuve de facilité dans ses transactions en disant : « Qu’Allah fasse miséricorde à un homme conciliant lorsqu’il vend, lorsqu’il achète et lorsqu’il réclame son dû. »(3)

La religion ne se limite donc pas aux actes d’adoration accomplis entre le serviteur et son Seigneur ﷻ. La sincérité dans les transactions, la justice dans les échanges, le respect des engagements, la douceur envers les gens et l’éloignement de la tromperie et de l’injustice font également partie des enseignements de l’Islam.

Il serait ainsi contradictoire qu’une personne manifeste extérieurement son attachement à la religion dans ses adorations, tout en se montrant injuste, trompeuse, dure ou méprisante dans ses rapports avec les créatures.

La douceur et la facilité dans les relations avec autrui ne constituent donc pas de simples qualités sociales détachées de la foi. Elles font partie des caractères que la Législation encourage et dont la récompense dépasse les seuls bénéfices que l’on peut en observer dans cette vie.

Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui est facile, doux et conciliant sera préservé du Feu par Allah. »(4)

Il ﷺ a également dit : « Ne vous informerais-je pas de celui qui sera interdit au Feu, ou de celui auquel le Feu sera interdit ? Toute personne proche des gens, douce et facile. »(5)

Ainsi, le musulman ne recherche pas le bon comportement uniquement parce qu’il facilite les relations humaines ou permet une meilleure vie en société. Il le recherche avant tout parce qu’Allah ﷻ l’aime et que Son Messager ﷺ y a encouragé.

Il convient néanmoins de ne pas tomber dans l’excès inverse en réduisant toute la religion au seul comportement envers les gens. La formule « La religion, c’est le bon comportement » peut, si elle est comprise littéralement, donner l’impression que la religion se résume aux relations humaines. Or, l’Islam comprend également la croyance, l’adoration d’Allah ﷻ seul, la prière, le jeûne, la zakāt, le pèlerinage, ainsi que l’ensemble des obligations et interdictions établies par le Coran et la Sunna.

Le bon comportement occupe donc une place immense dans la religion, mais il n’est pas à lui seul toute la religion.

Cette précision permet également de comprendre pourquoi il n’est nullement nécessaire de transformer une formule populaire en parole prophétique pour établir une vérité religieuse. La Sunna authentique contient déjà de nombreux textes qui enseignent la bienveillance, la facilité, la miséricorde et la noblesse de caractère.

Plus encore, le Prophète ﷺ a enseigné que la miséricorde dépasse les seules relations entre les êtres humains. Il ﷺ a dit : « Allah possède cent miséricordes. Il en a fait descendre une seule parmi les djinns, les hommes, les bêtes et les animaux rampants, et c’est par elle qu’ils éprouvent de la compassion et de la miséricorde les uns envers les autres, et que la bête sauvage éprouve de la tendresse envers son petit. Allah a réservé quatre-vingt-dix-neuf miséricordes par lesquelles Il fera miséricorde à Ses serviteurs au Jour de la Résurrection. »(6)

La noblesse du comportement du musulman doit ainsi apparaître dans l’ensemble de sa vie, conformément aux limites et aux règles établies par la Législation. Elle apparaît dans son foyer, dans son voisinage, dans son commerce, dans son travail, dans ses paroles, dans ses engagements et dans la manière dont il traite ceux avec lesquels il est en désaccord.

Il ne convient donc ni de minimiser l’importance du comportement sous prétexte que la formule « La religion, c’est le bon comportement » n’est pas un hadith, ni d’attribuer cette formule au Prophète ﷺ sous prétexte que son sens contient une part de vérité.

Nous retrouvons ici une règle essentielle dans la transmission de la religion : la justesse d’un sens ne prouve pas l’authenticité d’une attribution.

Une parole peut être célèbre, éloquente et conforme dans son sens général à certains enseignements de l’Islam, tout en n’ayant jamais été prononcée par le Messager d’Allah ﷺ.

La préservation de la Sunna exige donc que chacun distingue ce qui est authentiquement rapporté du Prophète ﷺ de ce qui appartient simplement aux paroles répandues parmi les gens.

Ainsi, la formule « La religion, c’est le bon comportement » n’est pas un hadith du Prophète ﷺ.

Quant à l’importance du bon comportement, de la douceur, de la miséricorde et de la facilité dans les relations avec les créatures, elle est abondamment établie par des textes authentiques qui nous dispensent d’attribuer au Messager d’Allah ﷺ ce qu’il n’a pas dit.

 

Puisse Allah ﷻ nous accorder une compréhension juste de Sa religion, embellir nos caractères par la douceur, la patience et la bienfaisance, nous permettre d’adorer notre Seigneur ﷻ conformément à Sa Législation et de bien nous comporter avec Ses créatures, et nous préserver d’attribuer à Son Messager ﷺ ce qu’il n’a pas authentiquement dit.

 

Écrit par l’humble serviteur espérant le pardon de son Seigneur :

ʿĀdil Al-Ṣiqilī

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1 : « Silsilat al-Aḥādīth al-Ḍaʿīfa wa al-Mawḍūʿa » (v. 5, p. 11)

2 : Rapporté par Aḥmad (n° 2107), Al-Bukhārī dans « Al-Adab al-Mufrad » (n° 287) et Al-Ṭabarānī (n° 11572). Shaykh Al-Albānī l’a authentifié dans « Silsilat al-Aḥādīth al-Ṣaḥīḥa » (n° 881).

3 : Al-Bukhārī (n° 2076)

4 : Rapporté par Hannād ibn Al-Sarī dans « Al-Zuhd » (v. 2, p. 596) ; Al-Ḥākim (n° 435) ; et Al-Bayhaqī (n° 20843). Shaykh Al-Albānī l’a authentifié dans « Ṣaḥīḥ al-Jāmiʿ » (n° 6484)

5 : Rapporté par Ibn Abī Shayba (n° 409) ; Aḥmad (n° 3938) ; et Hannād ibn Al-Sarī dans « Al-Zuhd » (v. 2, p. 596). Shaykh Al-Albānī l’a jugé authentique par l’ensemble de ses voies dans « Silsilat al-Aḥādīth al-Ṣaḥīḥa » (n° 938).

6 : Muslim (n° 2752)