﷽
Parmi les paroles extrêmement répandues figure cette formule : « La propreté fait partie de la foi. »
Elle est répétée depuis des générations, même parfois affichée dans les écoles, les mosquées, etc., au point que beaucoup la citent spontanément comme une parole du Prophète ﷺ.Pourtant, malgré sa célébrité, plusieurs gens de science(1) ont expressément signalé qu’elle n’était pas un hadith authentiquement rapporté du Messager d’Allah ﷺ. La Commission Permanente(2) a également précisé au sujet de « La propreté fait partie de la foi » qu’il ne s’agissait pas d’un hadith, mais d’une parole couramment répandue parmi les gens. Shaykh Ibn ʿUthaymīn(3) a lui aussi déclaré qu’elle n’était pas authentiquement rapportée du Prophète ﷺ, bien qu’elle soit célèbre.
Il existe certes plusieurs récits transmis sur ce sujet avec des formulations voisines, mais ils ne permettent pas d’établir la formule que nous connaissons et présentée comme une parole prophétique. Parmi eux figurent : « Nettoyez-vous, car l’Islam est propre », « La propreté appelle à la foi », « La religion est bâtie sur la propreté », ou encore : « Allah est propre et aime la propreté. » Les chaînes de transmission de ces récits comportent cependant des faiblesses, certaines étant même très importantes.(4)
Nous devons donc distinguer deux choses qui sont souvent confondues : l’authenticité de l’attribution au Prophète ﷺ et l’authenticité du sens général.
Mais attention, dire que « La propreté fait partie de la foi » n’est pas un hadith ne signifie absolument pas que l’Islam néglige la propreté. Bien au contraire, les textes authentiques du Coran et de la Sunna suffisent amplement à montrer la place considérable accordée à la purification, à la propreté du corps, des vêtements, des lieux de vie et de l’environnement.
La purification est en effet une qualité qu’Allah ﷻ aime chez Ses serviteurs. Allah ﷻ dit : ﴾ Certes, Allah aime ceux qui se repentent et Il aime ceux qui se purifient. ﴿(5)
La notion de purification occupe d’ailleurs dans la religion un champ plus vaste que la seule propreté ordinaire. Les textes évoquent aussi bien la purification rituelle et l’éloignement des impuretés que, dans d’autres contextes, la purification du cœur.
Nous trouvons notamment cette parole authentiquement rapportée du Prophète ﷺ : « La purification est la moitié de la foi. »(6)
Cette place accordée à la purification apparaît également dans la pratique religieuse. La prière, qui constitue l’un des plus grands piliers de l’Islam après les deux attestations de foi, ne peut être accomplie sans la purification requise. Le Prophète ﷺ a dit : « Allah n’accepte pas une prière sans purification. »(7)
Lorsqu’on rassemble les textes authentiques sur ce sujet, on constate ainsi que la Sunna ne s’est pas limitée aux ablutions, mais l’attention portée à la propreté traverse de nombreux aspects de la vie quotidienne.
Le Prophète ﷺ a notamment insisté sur le bain du vendredi. Le Prophète ﷺ a dit : « Le bain du vendredi est obligatoire pour tout pubère. »(8)
Il ﷺ a également dit : « Il est un droit d’Allah sur tout musulman qu’il se lave, tous les sept jours, la tête et le corps. »(9)
Cette attention concerne également les causes naturelles qui produisent les mauvaises odeurs. La transpiration, la saleté et ce qui s’accumule sur le corps ne doivent pas devenir une source de gêne pour autrui. De même, certaines parties du corps font l’objet d’une attention particulière dans la Sunna à travers les pratiques de la fiṭra, parmi lesquelles figurent notamment la coupe des ongles, la taille de la moustache et l’épilation des aisselles.(10)
La bouche possède elle aussi une place particulière. Le Prophète ﷺ attachait une telle importance au siwāk qu’il ﷺ a dit : « Si je ne craignais d’imposer une difficulté à ma communauté, je leur aurais ordonné le siwāk à chaque prière. »(11)
La Sunna s’intéresse également à l’apparence du musulman. Jābir ibn ʿAbd Allah رضي الله عنهما rapporte que le Messager d’Allah ﷺ vint les visiter et vit un homme dont les cheveux étaient ébouriffés. Il ﷺ dit : « Celui-ci n’a-t-il donc rien trouvé avec quoi arranger ses cheveux ? » Puis il ﷺ vit un autre homme portant des vêtements sales et dit : « Celui-ci n’a-t-il donc rien trouvé avec quoi laver son vêtement ? »(12)
Cette attention s’étend naturellement au lieu dans lequel nous vivons. Une maison propre, débarrassée des saletés et des mauvaises odeurs, correspond à l’esprit général de ces enseignements. La propreté ne doit donc pas être comprise comme une pratique limitée aux moments d’adoration, puis oubliée dans les espaces privés. Elle concerne également les espaces communs. Le Prophète ﷺ a dit : « Écarter ce qui nuit du chemin est une aumône. »(13)
La Sunna est allée plus loin encore en interdisant de souiller les endroits dont les gens ont besoin. Le Prophète ﷺ a dit : « Prenez garde aux deux choses qui attirent la malédiction. » Les Compagnons demandèrent : « Quelles sont les deux choses qui attirent la malédiction, ô Messager d’Allah ? » Il ﷺ répondit : « Celui qui fait ses besoins sur le chemin des gens ou dans leur ombre. »(14)
Un autre hadith met en garde contre le fait de faire ses besoins aux points d’eau, sur les chemins et dans les lieux où les gens recherchent l’ombre.(15)
Il en va de même de l’eau. Le Prophète ﷺ a interdit d’uriner dans une eau stagnante qui ne s’écoule pas, puis de s’y laver.(16)
La nourriture elle-même est entourée de règles qui participent à cette préservation. Le Prophète ﷺ a en effet ordonné de fermer les portes en mentionnant le nom d’Allah, d’attacher les outres en mentionnant le nom d’Allah ﷻ et de couvrir les récipients en mentionnant le nom d’Allah ﷻ, ne serait-ce qu’en plaçant quelque chose en travers dessus.(17)
La propreté occupe ainsi une place considérable dans l’Islam, mais cette place n’a pas besoin d’être établie par une parole qui n’est pas authentiquement rapportée. Ce qu’Allah ﷻ et Son Messager ﷺ ont authentiquement enseigné suffit, et ce qui est authentique est toujours préférable à ce qui est simplement célèbre.
Ainsi, nous ne disons pas que « La propreté fait partie de la foi » est un hadith du Prophète ﷺ. Nous disons plutôt ce qu’il ﷺ a réellement dit : « La purification est la moitié de la foi. » Et nous enseignons la propreté à travers les nombreux textes authentiques qui ordonnent la purification, encouragent le soin du corps, recommandent le siwāk, prescrivent certaines pratiques de la fiṭra, commandent de retirer les nuisances du chemin et interdisent de souiller les lieux utilisés par les gens.
C’est là une règle que nous devons préserver dans l’ensemble de notre rapport à la Sunna : un sens juste n’autorise jamais une attribution qui ne l’est pas.
Puisse Allah ﷻ nous accorder l’attachement à la Sunna authentique, nous permettre de purifier nos cœurs et nos corps, d’embellir nos actes par l’obéissance et de préserver nos langues d’attribuer au Messager d’Allah ﷺ ce qui n’est pas établi de lui.
Écrit par l’humble serviteur espérant le pardon de son Seigneur :
ʿĀdil Al-Ṣiqilī

1 : « Takhrīj Aḥādīth Al-Iḥyāʾ » (v. 1, p. 170)
2 : « Fatāwā Al-Lajna Al-Dāʾima » (v. 4, p. 466, fatwa n° 5329)
3 : « Fatāwā Nūr ʿalā Al-Darb » (p. 234-235)
4 : « Silsilat Al-Aḥādīth Al-Ḍaʿīfa » (n° 3264)
5 : Al-Baqara, v. 222
6 : Muslim (n° 223)
Il faut toutefois être précis. Le Prophète ﷺ a dit : « La purification est la moitié de la foi », et non : « La propreté fait partie de la foi. » Il serait donc incorrect de remplacer une parole prophétique authentique par une formule populaire qui lui ressemble, même si cette dernière évoque une idée générale compatible avec plusieurs enseignements de l’Islam.7 : Muslim (n° 224)
8 : Al-Bukhārī (n° 858) et Muslim (n° 846)
9 : Al-Bukhārī (n° 898) et Muslim (n° 849)
10 : Al-Bukhārī (n° 5891) et Muslim (n° 257)
11 : Al-Bukhārī (n° 887) et Muslim (n° 252)
12 : Rapporté par Aḥmad (n° 14850), Abū Dāwūd (n° 4062) et Ibn Ḥibbān (n° 5483). Shaykh Al-Albānī l’a jugé authentique dans Ṣaḥīḥ Abī Dāwūd, (n° 406)
13 : Al-Bukhārī (n° 2989) et Muslim (n° 1009)
14 : Muslim (n° 269)
15 : Rapporté par Abū Dāwūd (n° 26), Ibn Mājah (n° 328), Al-Ṭabarānī (n° 247) et Al-Bayhaqī (n° 469)
16 : Al-Bukhārī (n° 239) et Muslim (n° 282)
17 : Al-Bukhārī (n° 5623) et Muslim (n° 2012)