﷽
﴾ Ont-ils des associés qui leur auraient légiféré dans la religion ce qu’Allah n’a pas autorisé ? ﴿(1)
Parmi les affirmations surprenantes que l’on peut entendre de nos jours figure l’idée selon laquelle celui qui parle pendant le sermon du Vendredi ou se distrait d’une quelconque manière devrait accomplir la prière du ẓuhr en plus de la prière du Vendredi, au motif que celle-ci ne serait plus valable.
Cette affirmation est souvent avancée avec assurance, parfois même depuis les chaires des mosquées, alors qu’elle implique un jugement juridique important : celui de maintenir à la charge du musulman une obligation qu’il pensait avoir accomplie. Or les jugements religieux ne reposent ni sur les suppositions ni sur les bonnes intentions, mais sur les preuves tirées du Coran, de la Sunna authentique et de la compréhension des Salafs de cette communauté.
Le sermon du Vendredi est un moment qui exige le silence et l’attention
Il ne fait aucun doute que de nombreux textes authentiques montrent clairement que le musulman doit écouter attentivement le sermon et s’abstenir de tout ce qui pourrait le distraire ou distraire les autres. Il n’est donc aucunement question de banaliser ces mauvais comportements qui doivent impérativement être délaissés.
Le Messager d’Allah ﷺ a effectivement dit : « Lorsque tu dis à ton compagnon : « Tais-toi ! » alors que l’imam prononce le sermon du Vendredi, tu as certes commis une futilité. »(2)
Dans une autre version authentique, il est rapporté : « Celui qui touche les cailloux a commis une futilité. »(3)
Cela montre l’importance du sermon et l’obligation de lui accorder toute son attention.
Le croyant est ainsi tenu d’écouter attentivement le prêche, d’en tirer profit autant que possible et de préserver son cœur ainsi que ses membres de toute distraction. Il ne lui est pas permis de parler pendant le sermon du vendredi ni de se détourner du rappel d’Allah en s’occupant d’autre chose, que ce soit en répondant à une salutation, en disant à quelqu’un de se taire, en consultant son téléphone, en manipulant un objet ou par toute autre occupation susceptible de l’éloigner de l’écoute attentive du sermon.
La gravité d’un péché n’implique pas nécessairement l’invalidité de l’adoration
Il ne faut toutefois pas déduire automatiquement d’une menace ou d’une réprobation sévère contenue dans un texte l’invalidité de l’acte qui y est mentionné.
En effet, cette manière de comprendre les textes n’est pas celle des gens de la Sunna. Le Prophète ﷺ a dit au sujet de celui qui consulte un devin : « Sa prière n’est pas acceptée pendant quarante nuits. »(4)
Pourtant, aucun savant n’a compris de ce hadith qu’il devait recommencer les prières accomplies durant ces quarante jours. Les savants expliquent que la prière demeure valable, mais que son auteur est privé de la récompense attachée à cette adoration.
Les savants ont ainsi établi qu’il existe une différence entre la validité d’un acte, sa perfection et la récompense qui lui est attachée(5). Une personne peut accomplir un acte valide tout en étant privée d’une partie de sa récompense en raison d’un manquement ou d’un péché commis durant son accomplissement.
Où est la preuve qu’il doit accomplir le ẓuhr ?
C’est pourquoi, même lorsqu’une personne est animée des meilleures intentions, elle doit se garder d’affirmer l’invalidité d’un acte d’adoration ou l’obligation d’en accomplir un autre sur la base de simples déductions. Une telle affirmation doit impérativement reposer sur une preuve claire et explicite.
Allah dit : ﴾ Dis : Apportez votre preuve, si vous êtes véridiques ! ﴿(6)
Et Il dit : ﴾ Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. Certes, l’ouïe, la vue et le cœur : sur tout cela, on sera interrogé. ﴿(7)
Dès lors, celui qui affirme que la personne ayant parlé pendant le sermon du vendredi, répondu à une salutation, consulté son téléphone ou commis une quelconque distraction doit obligatoirement accomplir la prière du ẓuhr après avoir prié le vendredi est tenu d’apporter une preuve explicite à l’appui de cette affirmation.
Or les textes authentiques relatifs à la distraction pendant le prêche du Vendredi mentionnent la faute, la réprobation et la privation de mérite.
Mais où est le texte dans lequel le Prophète ﷺ ordonne à celui qui a commis cette faute d’accomplir la prière du ẓuhr ?
D’ailleurs, ce type de distraction existait déjà à l’époque prophétique. Malgré cela, il n’est rapporté ni du Prophète ﷺ ni de ses Compagnons qu’ils aient ordonné à ceux qui se distraient pendant le sermon d’accomplir le ẓuhr après la prière du vendredi.
Cette absence est particulièrement significative et constitue même l’un des arguments les plus forts en la matière. Car si l’obligation du ẓuhr demeurait à leur charge, il aurait été indispensable de l’expliquer. Or il n’est pas permis de retarder l’explication d’une obligation au moment où les gens en ont besoin. En l’absence d’une preuve claire et explicite, il n’est donc pas permis d’imposer aux musulmans une obligation qu’Allah et Son Messager ﷺ n’ont pas imposée.
La voie équilibrée des gens de la Sunna
Ainsi, prendre au sérieux les hadiths relatifs à la distraction pendant le sermon du Vendredi ne signifie pas attribuer à cette faute une conséquence que ni Allah ni Son Messager ﷺ n’ont mentionnée. Les textes authentiques montrent clairement que parler pendant le prêche, se distraire ou détourner son attention du rappel d’Allah constitue un manquement réel qui prive le croyant d’une partie du mérite et de la bénédiction de ce jour béni.
Cependant, les mêmes textes ne contiennent aucun ordre adressé à celui qui a commis cette faute lui imposant d’accomplir la prière du ẓuhr après la prière du vendredi. De même, il n’est rapporté ni du Prophète ﷺ ni de ses Compagnons qu’ils aient ordonné une telle chose à ceux qui se distraient pendant le sermon.
Le croyant se contente donc des limites fixées par la révélation. Il condamne la faute conformément aux textes, sans pour autant invalider une adoration ou imposer une obligation supplémentaire en l’absence d’une preuve claire.
Telle est la voie des gens de la Sunna : une voie fondée sur la science, la preuve et la compréhension des Salafs, préservée des excès comme des manquements.
Qu’Allah nous accorde à tous la clairvoyance dans la religion, la sincérité dans l’adoration, et la fermeté sur la voie de la Sunna, qu’Il réforme les imams et les fidèles par cela et qu’Il préserve nos adorations de l’innovation et de l’excès.
Écrit par l’humble serviteur espérant le pardon de son Seigneur :
ʿĀdil Al-Ṣiqilī

1 : Al-Shūrā, v. 21
2 : Al-Bukhari (n° 934) et Muslim (n° 851)
3 : Muslim (n° 857)
4 : Muslim (n° 2230)
5 : « Al-Baḥr al-Muḥīṭ fī Uṣūl al-Fiqh » (v. 2, p. 21) ; « Al-Fawāʾid al-Saniyyah » (v. 3, p. 297) ; « Al-Taḥbīr Sharḥ al-Taḥrīr » (v. 3, p. 1104)
6 : Al-Baqara, v. 111
7 : Al-Isrāʾ, v. 36