Se placer en retrait de l’imam, lorsqu’on prie seul avec lui

 

Dans plusieurs livres de doctrine(1), on trouve l’avis disant qu’il est recommandé à la personne priant seule avec l’imam de ne pas s’aligner avec lui [cheville contre cheville et épaule contre épaule], mais plutôt de se placer en retrait de lui. Et pour argumenter cela, les défenseurs de cet avis ne s’appuient sur aucun hadith prophétique ni autre preuve religieuse valide, mais disent privilégier cela afin de distinguer l’imam du fidèle et de peur que ce dernier ne se positionne devant l’imam.

Aussi, en voyant le nombre de personnes agissant de la sorte, il était nécessaire d’écrire ce modeste article afin d’attirer l’attention sur la nullité de cet avis. Particulièrement celle du public francophone qui, avec la barrière de la langue, n’a pas toujours accès aux travaux des savants, même sur les questions les plus essentielles de leur pratique cultuelle telles que la prière.

Cet article est donc un humble exposé de cette question jurisprudentielle, argumenté par un hadith, un récit authentiques et l’avis majoritaire et prépondérant des savants anciens et contemporains.

En effet, même si tout le monde, homme et femme, imam et fidèle, connaît l’ordre du Prophète ﷺ d’aligner soigneusement les rangs, cela reste malheureusement un sujet très négligé.

Toujours est-il qu’en ce qui concerne cette question, à savoir se placer en retrait de l’imam quand on prie seul avec lui, ce n’est pas de la négligence de leur part mais une conviction. Ils pensent effectivement que lorsqu’un fidèle prie seul avec l’imam, il ne doit pas s’aligner avec lui [cheville contre cheville et épaule contre épaule], mais qu’il doit plutôt se placer en retrait.

Néanmoins, comme dit précédemment, cela ne repose sur aucun hadith prophétique ni autre preuve religieuse valide. Au contraire, il a été authentiquement rapporté que ʿAbd Allah ibn ʿAbbās رضي الله عنه a dit : « Je suis venu voir le Prophète ﷺ à la fin de la nuit alors qu’il était en train de prier. Je me suis alors positionné derrière lui, mais il m’a pris par la main, m’a tiré et m’a placé à côté de lui, côte à côte. Puis, lorsque le Messager d’Allah ﷺ recommença la prière, je me remis en retrait. Il ﷺ pria alors et, quand il termina, il me dit : “ Qu’as-tu ? Je te place à côté de moi sur la même ligne puis tu te mets en arrière ? ” … »(2)

Ainsi, le fait que le Prophète ﷺ ait dans un premier temps placé Ibn ʿAbbās رضي الله عنه à côté de lui sur la même ligne, puis le fait qu’il ﷺ lui ait demandé pourquoi il s’était par la suite reculé, montre bien que lorsque la personne prie seule avec l’imam elle doit se placer à sa droite, côte à côte avec lui, en plaçant sa cheville contre sa cheville et son épaule contre son épaule.

Aussi, il a été authentiquement rapporté que Nāfiʿ رحمه الله a dit : « Je me suis tenu debout derrière ʿAbd Allah ibn ʿUmar pour effectuer une des prières. Il n’y avait personne d’autre que moi avec lui. ʿAbd Allah tendit alors sa main derrière lui et me ramena à côté de lui, à sa droite, sur la même ligne. »(3)

L’imam Al-Bukhārī a d’ailleurs intitulé l’un des chapitres de son recueil de hadiths authentiques : « Se placer à droite de l’imam et sur le même alignement que lui lorsqu’on est deux [à prier]. »(4)

L’imam Ibn Rajab رحمه الله a commenté le titre de ce chapitre en disant : « Ce qu’il entend avec ce chapitre est que lorsqu’un imam et un fidèle sont réunis pour la prière, alors le fidèle devra se tenir à droite de l’imam sur la même ligne, c’est-à-dire : il devra être aligné avec lui, sans se placer devant lui ni en retrait. »(5)

La question suivante fut posée à Shaykh Ibn Bāz رحمه الله : « Il est bien connu que la position du fidèle, lorsqu’il est seul avec l’imam, est de se placer à sa droite. Mais est-il prescrit de se mettre un petit peu en retrait, comme on peut l’observer chez certains ? » Shaykh رحمه الله répondit : « Ce qui est prescrit au fidèle, quand il est seul, est de se placer à droite de l’imam, sur la même ligne. Et rien dans les preuves religieuses ne démontre le contraire de cela. »(6)

Shaykh Al-Albānī رحمه الله a aussi dit : « Il y a [dans ce hadith] une information jurisprudentielle bénéfique importante qui peut, probablement, ne pas être mentionnée dans de nombreux livres jurisprudentiels. Au contraire, dans certains d’entre eux, on trouve ce qui contredit cela. Cette [information] étant : la Sunna est que le fidèle doit suivre l’imam [en se plaçant] à sa droite, côte à côte, ni devant lui ni en retrait. Contrairement à ce qui est mentionné dans certaines doctrines disant qu’il convient de se positionner légèrement derrière l’imam, de sorte à placer ses orteils à côté des talons de l’imam… »(7)

Dès lors, rien ne conforte l’avis disant de se mettre en retrait de l’imam lorsqu’on prie seul avec lui. Au contraire, les hadiths et récits authentiques démontrent que la personne doit se tenir à côté de l’imam en collant sa cheville contre sa cheville et son épaule contre son épaule. Et cela est l’avis majoritaire et prépondérant des savants anciens et contemporains.

Pour terminer, il convient aussi de préciser que, selon l’avis majoritaire et prépondérant, le fait de se mettre en retrait de l’imam ou de ne pas aligner les rangs correctement n’invalide pas la prière. Cela a certes un impact sur sa perfection et sa récompense, mais elle reste néanmoins valide.

Toutefois, chaque musulman et musulmane doit se rappeler qu’il lui incombe de s’efforcer, tant que possible, de mettre en pratique les enseignements du Prophète ﷺ.

 

Puisse Allah nous accorder la sincérité dans nos paroles et nos actes, la connaissance et le suivi de la Sunna de notre Prophète Muḥammad ﷺ, et nous compter parmi ceux à propos desquels le Messager d’Allah a dit : « Celui qui montre un bien a la même récompense que celui qui l’a fait. »(8)

 

Écrit par l’humble serviteur espérant le pardon de son Seigneur :

ʿĀdil Al-Ṣiqilī

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1 : Ceci est l’avis mentionné dans certains livres de doctrine :
– Shāfiʿite : « Al-Majmūʿ » (v. 4, p. 184) et « Nihāyat al-Maṭlab fī Dirāyat al-Madhhab » (v. 2, p. 400).
– Mālikite : « Al-Thimar al-Dānī Sharḥ Risālat Ibn Abī Zayd » (v. 1, p. 129), « Al-Fawākih al-Dawānī ʿalā Risālat Ibn Abī Zayd » (v. 1, p. 325) et « Kifāyat al-Ṭālib al-Rabbānī ʿalā Risālat Ibn Abī Zayd » (v. 2, p. 19).
– Ḥanbalite : « Maṭālib Ūlī al-Nuhā fī Sharḥ Ghāyat al-Muntahā » (v. 1, p. 684), « Al-Mubdiʿ Sharḥ al-Muqniʿ » (v. 2, p. 78) et « Kashāf al-Qināʿ ʿalā Matn al-Iqnāʿ » (v. 1, p. 486)

2 : Rapporté par Aḥmad (n° 3060) et Al-Ḥākim (n° 6424). Ce hadith a été authentifié par Shaykh Al-Albānī dans « Silsilah al-Aḥādīth al-Ṣaḥīḥa » (n° 606-2590), ainsi que par Shaykh Muqbil dans « Al-Ṣaḥīḥ al-Musnad Mimmā Laysa fī al-Bukhārī wa Muslim » (n° 601)

3 : Rapporté par Mālik (n° 286), Ibn Abī Shayba (n° 4965) et ʿAbd al-Razzāq (n° 3915)

4 : Al-Bukhārī (v. 1, p. 632)

5 : « Fatḥ al-Bārī fī Sharḥ Ṣaḥīḥ al-Bukhārī » (v. 4, p. 191)

6 : « Majmūʿ Fatāwā wa Maqālāt Mutanawwiʿa » (v. 12, p. 198)

7 : «Silsilah al-Aḥādīth al-Ṣaḥīḥa » (n° 2590)

8 : Muslim (n° 1944)