﷽
Véridique est celui qui a dit : « Tout le bien réside dans le suivi des prédécesseurs… »
À ce sujet, il est fréquent de voir circuler sur les réseaux sociaux des extraits du livre « Ainsi étaient nos pieux prédécesseurs » des éditions Tawbah sans qu’une précaution nécessaire ne soit observée. La raison de cela étant probablement que ceci n’a pas été adopté dans l’ouvrage initial. Il était donc important d’écrire ce modeste article afin d’attirer le regard de son auteur, de ses lecteurs, et de ceux qui en retranscrivent des passages, sur cette vigilance attendue.
Mais avant toute chose, il convient de préciser que cet écrit n’a pas pour but de critiquer ou de discréditer cet ouvrage qui, comme indiqué dans son introduction : « … se veut un modeste recueil de quelques propos et sagesses attribués aux pieux prédécesseurs […] inspirés des ouvrages les plus connus à ce sujet… »(1)
D’ailleurs, tout individu doté d’esprit sait que la correction d’une chose n’impose pas automatiquement l’incrimination ou le dénigrement de celui qui a commis l’erreur. Particulièrement, si cette correction n’a pas pour objectif de remettre en cause les efforts réalisés et les compétences de son auteur.
Cet éclaircissement fait, il faut savoir que, bien qu’il ait été précisé dans l’introduction de cet ouvrage « que les récits rapportés des pieux prédécesseurs ne sont pas soumis aux mêmes règles d’authentification que le hadith, et les savants permettent de les rapporter, sauf s’ils comportent une chose réprouvable »(2), toutefois cela ne retire rien à l’interdiction d’attribuer un acte ou une parole à un individu en utilisant la forme indicative et affirmative – « Il a dit » ; « Il a fait » – sans s’être assuré qu’il en est bien l’auteur ou l’acteur.
Effectivement, le fait que les récits rapportés des pieux prédécesseurs ne sont pas soumis aux mêmes règles d’authentification que le hadith prophétique est bien distinct du fait d’affirmer que ces pieux prédécesseurs en sont les auteurs ou les acteurs. En conséquence, selon ce que les savants du hadith ont aussi mentionné dans les livres de terminologie : lorsque la chaîne de transmission remontant jusqu’à l’auteur ou l’acteur n’est pas authentique, ou que l’on est dans l’incapacité de s’assurer de son authenticité, il faut alors le rapporter en utilisant le conditionnel – « Il aurait dit » ; « Il aurait fait », etc. –. Cela même si son auteur ou acteur n’est pas le Messager d’Allah ﷺ.
L’Imam Al-Nawawī رحمه الله a dit : « Les savants investigateurs [donnant priorité aux preuves] parmi les adeptes du hadith et autres ont dit : “ Si le hadith est faible il ne faut pas dire lorsqu’on le cite : “ Le Messager d’Allah ﷺ a dit ”, “ a fait ”, “ a ordonné ”, “ a interdit ”, ou autres formes d’affirmation similaires. De même qu’il ne faut pas dire : “ Abū Hurayra a rapporté que ”, “ Il a dit ”, “ Il a mentionné ”, “ Il a raconté ”, “ Il a narré ”, “ Il a transmis ”, ou “ Il a émis telle fatwa – avis juridique – ”, et autres choses semblables. Comme il ne faut pas dire ceci non plus lorsqu’il s’agit des tābiʿīn – première génération de prédécesseurs – et de ceux venus après eux quand cela est faible. Il ne faut donc pas utiliser la forme affirmative dans l’un de ces cas-là. Il faut plutôt dire à propos de tout cela : “ Il aurait été rapporté d’après untel ”, ou “ Il aurait été transmis selon untel ”, “ Il aurait raconté d’après untel ”, “ Il aurait été mentionné selon untel ”, “ Il nous est parvenu qu’untel aurait… ”, “ On dit que ”, “ On mentionne que ”, “ On raconte que ”, “ On rapporte que ”, “ On rapporte en attribuant [cela au Prophète ﷺ] ”, ou “ On attribue à ”, et autres formules semblables du conditionnel qui ne font pas partie des formes affirmatives. Ils [les savants investigateurs] ont donc dit que les formules d’affirmation sont utilisées pour ce qui est [rapporté avec une chaîne de transmission] authentique ou bonne. Étant donné que la forme affirmative exige que celui à qui cela a été attribué en est vraiment l’auteur. Il n’est donc pas permis de l’utiliser si ce n’est pour ce qui est [rapporté avec une chaîne de transmission] authentique. Sans quoi la personne [utilisant la forme affirmative pour rapporter cela] sera considérée comme celui qui ment à son propos… ” »(3)
Par conséquent, il est impératif de s’assurer que le récit rapporté des pieux prédécesseurs répond bien aux règles d’authentification fixées par les savants de la terminologie du hadith avant d’attribuer un acte ou une parole à l’un d’entre eux en utilisant la forme indicative et affirmative – « Il a dit » ; « Il a fait » –. Toutefois, dans l’impossibilité de s’en assurer, il reste permis de rapporter le récit ne comportant pas une chose réprouvable, à condition pour cela d’utiliser le conditionnel – « Il aurait dit » ; « Il aurait fait », etc. –.
Par ailleurs, dans l’ouvrage « Ainsi étaient nos pieux prédécesseurs », il est souvent fait mention d’extraits du livre « Ḥilyat al-Awliyāʾ wa Ṭabaqāt al-Aṣfiyāʾ » du célèbre historien et grand mémorisateur, le grand Imam Abū Nuʿaym Al-Aṣbahānī رحمه الله (mort en l’an 430 de l’hégire), qui est l’une des encyclopédies de référence rédigées au sujet des paroles des ascètes.
Cependant, lorsque le Grand Érudit Shaykh Ibn Bāz رحمه الله fut interrogé à propos de ce livre, il répondit : « Le livre “ Ḥilyat al-Awliyāʾ ” est un ouvrage bien connu de son auteur Al-Ḥāfiẓ Abū Nuʿaym. Ce livre rassemble ce qui est faible, ce qui est authentique, et ce qui est inventé. C’est pourquoi il ne doit être lu que par des érudits qui connaissent les degrés des hadiths et savent discerner entre les mauvais et les bons. Par contre ce livre ne convient pas au grand public, ni aux étudiants en science qui n’ont pas encore atteint le niveau permettant de différencier entre ce qui est faible et ce qui est authentique. Aussi, nous conseillons aux étudiants en science et à tous nos frères de lire les livres fiables et utiles… »(4)
Pour conclure, l’objet de cet article ne se limite pas uniquement à l’ouvrage précité, mais concerne par ailleurs de nombreuses traductions mises à disposition du public francophone. La qualification bilingue du traducteur n’étant pas le seul critère à retenir ; il faut aussi que l’œuvre originale soit adaptée et bénéfique pour son lecteur.
Voilà donc les points sur lesquels ce modeste article souhaite attirer l’attention de tous et toutes, dans un esprit de fraternité, de conseil et de complémentarité.
Et Allah ﷻ est plus savant, et nous Lui demandons de nous accorder la connaissance, le suivi et la pratique de la Sunna [authentique] de notre Prophète Muḥammad ﷺ.
Écrit par l’humble serviteur espérant le pardon de son Seigneur :
ʿĀdil Al-Ṣiqilī

1 : « Ainsi étaient nos pieux prédécesseurs » (p. 6) – édition n° 2
2 : « Ainsi étaient nos pieux prédécesseurs » (p. 7) – édition n° 2
3 : « Al-Majmūʿ » (v. 1, p. 63
4 : « Fatāwā Nūr ʿalā al-Darb » (v. 25, p. 131)