Regrouper le Maghrib et le ʿIshāʾ quotidiennement en été ?

 

Chaque année, à l’arrivée de la période estivale, une question revient avec insistance parmi les musulmans vivant dans certains pays d’Europe, notamment en France. Les horaires des prières changent considérablement : le temps du ʿIshāʾ se trouve parfois très tard dans la nuit tandis que celui du Fajr survient seulement quelques heures plus tard. Cette situation conduit de nombreuses mosquées à adopter le regroupement entre le Maghrib et le ʿIshāʾ durant plusieurs semaines, voire pendant une grande partie de l’été.

Les justifications avancées sont généralement les mêmes : les contraintes professionnelles, la difficulté à rester éveillé jusqu’au ʿIshāʾ, la proximité du Fajr ou encore la fatigue accumulée au cours de la journée. À force de se répéter d’année en année, cette pratique finit parfois par être perçue comme une solution normale et acquise, au point que certains musulmans ne s’interrogent plus sur son fondement religieux ni sur sa conformité aux textes de la législation islamique.

Or, le croyant sait que les actes d’adoration ne reposent ni sur les habitudes, ni sur les usages locaux, ni sur les considérations personnelles. Ils reposent sur les textes du Coran et de la Sunna, tels qu’ils ont été compris par les savants de la voie prophétique. C’est pourquoi, face aux nombreuses interrogations reçues à ce sujet, nous avons soumis cette question à notre noble savant, le muḥaddith et juriste (faqīh), Shaykh ʿUthmān al-Sālimī – qu’Allah le préserve –, afin de connaître son avis concernant le regroupement régulier entre le Maghrib et le ʿIshāʾ pendant toute la période estivale.

Après avoir entendu la situation exposée, le Shaykh a répondu que ce qui lui apparaissait était que cette pratique n’était pas permise. Il a fondé sa réponse sur le principe fondamental établi par Allāh dans Son Livre : Certes, la prière demeure pour les croyants une prescription à des temps déterminés. ﴿(1)

Shaykh a rappelé que la proximité entre les horaires du ʿIshāʾ et du Fajr ne suffit pas à elle seule à autoriser l’abandon du principe originel qui consiste à accomplir chaque prière dans son temps prescrit. 

Il a également attiré l’attention sur une réalité souvent négligée : le musulman doit organiser son temps de manière à préserver ses obligations religieuses. Il ne convient pas que l’ensemble de son emploi du temps soit absorbé par les affaires de ce bas-monde au point que les actes d’adoration deviennent une difficulté insurmontable.

Dans ce sens, Shaykh a expliqué que la personne peut adapter ses périodes de repos et réserver une partie de la journée au sommeil afin de mieux supporter les horaires particuliers de l’été. La religion n’ordonne pas au musulman de sacrifier ses obligations religieuses pour préserver son confort, mais lui enseigne plutôt à organiser sa vie autour de l’obéissance à Allāh.

Shaykh a également insisté sur l’importance de la prière du Fajr. Il a rappelé que les musulmans doivent veiller à l’accomplir dans son temps, avant le lever du soleil. En effet, lorsque le soleil se lève, le temps du Fajr est terminé et l’obligation consiste à accomplir cette prière avant l’expiration de son horaire légiféré.

Concernant le regroupement entre le Maghrib et le ʿIshāʾ, le Shaykh a précisé qu’il peut exister des situations particulières dans lesquelles une personne rencontre une difficulté réelle ou une gêne inhabituelle justifiant le recours à cette dérogation. Dans ce cas, il n’y a pas de mal à ce qu’elle regroupe les deux prières de manière occasionnelle.

Le Shaykh a toutefois tenu à souligner que cette permission doit demeurer exceptionnelle et liée à un besoin réel. Il a ainsi indiqué qu’une telle situation peut se produire une fois dans le mois, une fois tous les deux mois, ou éventuellement une ou deux fois dans le mois lorsqu’une circonstance particulière l’exige. En revanche, faire du regroupement une habitude régulière, pratiquée quotidiennement ou presque pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, ne lui paraît pas permis.

Cette distinction est fondamentale. La Législation islamique prévoit des facilités pour les situations de gêne ou de difficulté, mais elle ne permet pas que ces dérogations soient transformées en pratiques permanentes. Ainsi, le regroupement occasionnel relève des concessions accordées par la Législation lorsqu’un besoin l’exige, tandis que le regroupement constant tout au long de la période estivale s’éloigne de ce cadre exceptionnel. C’est pourquoi le Shaykh a affirmé que ce qui lui apparaît est que cette pratique n’est pas autorisée, ajoutant que cette position est également celle de Shaykh Ibn Bāz(2) et d’un groupe de gens de science, lesquels ont indiqué que le regroupement permanent n’est pas établi comme une pratique régulière et continue dans les textes de la législation.

Cette réponse met en lumière une distinction importante que tout musulman doit garder à l’esprit. La législation islamique contient des facilités et des dérogations destinées à répondre à certaines difficultés. Cependant, ces dérogations demeurent liées à des circonstances particulières et ne doivent pas être transformées en habitudes permanentes. Lorsque l’exception devient la règle, l’équilibre voulu par la Législation risque d’être altéré.

La voie du croyant consiste donc à préserver les prières dans leurs horaires prescrits, à prendre les moyens nécessaires pour accomplir ses obligations et à recourir aux facilités légiférées uniquement lorsqu’un besoin réel le justifie. C’est ainsi que les savants ont compris et appliqué les textes à travers les générations.

 

Demandant à Allah de récompenser notre Shaykh ʿUthmān al-Sālimī pour cette réponse bénéfique, de lui accorder la réussite, de préserver les musulmans dans leur religion et de nous aider à l’adorer comme Il aime et agrée.

 

Retranscris par l’humble serviteur espérant le pardon de son Seigneur : ʿĀdil Al-Ṣiqilī

Le samedi 4 du mois sacré de Muḥarram de l’an 1448 de l’Hégire, correspondant au 20 juin 2026.

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1 : Al-Nisāʾ, v. 103

2 : https://binbaz.org.sa/fatwas/12558