Prier deux witr dans une même nuit ?

 

Lors des dix dernières nuits de Ramaḍān, l’ardeur des musulmans pour l’adoration redouble. Beaucoup cherchent à profiter de ces nuits méritoires dans lesquelles se trouve Laylat al-Qadr, la nuit meilleure que mille mois. Dans de nombreuses mosquées, il est devenu courant d’organiser une seconde prière nocturne à la fin de la nuit, après la prière de tarāwīḥ, que certains appellent « tahajjud ».

Même si la Sunna prophétique n’indique pas que le Prophète priait plus de onze ou treize unités de prière durant la nuit(1), certains souhaitent assister au tarāwīḥ au début de la nuit avec l’imam, puis revenir plus tard, dans la même mosquée ou ailleurs, afin de prier de nouveau à la fin de la nuit dans l’espoir de profiter davantage de ces nuits bénies.

C’est dans ce contexte qu’une question revient très souvent parmi les fidèles : est-il permis de prier deux witr dans une même nuit ?

La réponse à cette question apparaît clairement dans les textes de la Sunna.

Le Prophète a dit : « Faites en sorte que la dernière de vos prières durant la nuit soit impaire (witr). »(2)

Mais il a également dit : « Il n’y a pas deux witr dans une même nuit. »(3)

Ce principe prophétique établit donc une règle claire : le witr ne se répète pas deux fois dans une même nuit.

Cependant, plusieurs situations concrètes peuvent se présenter.

 

Premier cas : l’imam retarde le witr à la fin de la nuit

Dans certaines mosquées, l’imam accomplit le tarāwīḥ au début de la nuit sans faire le witr, puis il retarde cette prière jusqu’à la seconde assemblée organisée à la fin de la nuit.

Dans ce cas, la question ne pose aucune difficulté. Les fidèles accomplissent simplement le witr avec l’imam lors de la dernière prière de la nuit, conformément à la recommandation du Prophète de terminer la prière nocturne par une prière impaire.

 

Deuxième cas : l’imam accomplit le witr avec le tarāwīḥ

Il arrive toutefois que l’imam termine le tarāwīḥ par le witr. Or certains fidèles souhaitent ensuite se lever plus tard dans la nuit afin de prier de nouveau.

Dans cette situation, certains adoptent une pratique que l’on appelle « annuler le witr », consistant à se lever après le salut final de l’imam pour accomplir une unité de prière supplémentaire afin de transformer le witr précédemment accompli en prière paire.

Cependant, cette pratique ne repose sur aucune preuve authentique et contredit même un principe fondamental établi par la Sunna concernant la prière en groupe, à savoir que l’imam doit être suivi. Le Prophète a en effet dit : « L’imam n’a été établi que pour être suivi. Lorsqu’il prononce le takbīr, prononcez le takbīr… »(4)

Il est d’ailleurs préférable pour celui qui prie avec l’imam lors du tarāwīḥ de rester avec lui jusqu’à la fin de la prière, y compris lorsqu’il accomplit le witr, afin d’obtenir la récompense mentionnée dans la parole du Prophète : « Celui qui prie avec l’imam jusqu’à ce qu’il termine, il lui est inscrit la récompense d’une nuit entière de prière. »(5)

 

Troisième cas : celui qui a déjà prié le witr puis se lève plus tard dans la nuit

Celui qui a déjà accompli le witr avec l’imam peut ensuite se lever plus tard dans la nuit pour prier de nouveau.

Dans ce cas, il prie simplement deux unités de prière par deux unités, sans répéter le witr, conformément à la parole du Prophète : « La prière de nuit se fait deux par deux. »(6)

Certains pourraient penser que le hadith ordonnant de terminer la nuit par le witr implique nécessairement de refaire cette prière à la fin de la nuit. Pourtant, les savants ont expliqué que cette recommandation n’est pas une obligation stricte. La preuve de cela est qu’il est rapporté de manière authentique que le Prophète a prié deux unités de prière après le witr.

Cela montre clairement que celui qui a déjà accompli le witr peut encore prier durant la nuit sans avoir besoin de refaire cette prière.

 

La règle établie par la Sunna

La réponse apportée par la Sunna à cette question est simple et claire : le witr ne se prie qu’une seule fois dans la nuit.

Celui qui l’a déjà accompli peut continuer à prier autant qu’il le souhaite durant la nuit, mais il ne répète pas cette prière impaire.

Dans ces nuits bénies, le croyant doit surtout veiller à ce que son adoration soit conforme à la Sunna du Prophète , car la véritable réussite ne réside pas dans la multiplication des pratiques sans preuve, mais dans la sincérité envers Allah et dans le suivi fidèle de la voie prophétique.

 

Puisse Allah – exalté soit-Il – nous faire aimer la Sunnah du Prophète plus que nos propres personnes, nos pères, nos enfants, nous guide vers l’application fidèle des enseignements de Son Messager , fasse de nous des causes de guidée pour Ses serviteurs, et qu’Il nous inscrive parmi ceux dont le Messager d’Allah a dit : « Celui qui montre un bien a la même récompense que celui qui l’a fait. »(8)

 

Écrit par :

Abū ۶Abd Ar-Rahmān ۶Ādil ibn ۶AbdiLlah Aṣ-ṢiqilīpastedGraphic.png

1 : ʿĀʾisha رضي الله عنها fut interrogée : « Comment était la prière du Prophète durant Ramaḍān ? » Elle répondit : « Il ne dépassait pas, ni durant Ramaḍān ni en dehors, onze unités de prière. » Al-Bukhārī (n° 1147) et Muslim (n° 738)

Rien d’authentique dans la Sunna n’est rapporté indiquant que le Prophète ait dépassé onze ou treize unités dans la prière nocturne. C’est pourquoi de nombreux savants, anciens et contemporains, ont considéré qu’il est préférable de s’en tenir à ce nombre. Certains sont même allés jusqu’à interdire d’ajouter à ce nombre de onze ou treize unités quoi que ce soit. Parmi eux :

– L’imam Mālik : « Al-Muwaṭṭaʾ » (v. 1, p. 115) ; « Al-Mughnī » (v. 2, p. 123)

– L’imam Ibn al-ʿArabī : « Al-ʿĀriḍa » (v. 4, p. 19)

– L’imam Al-Juwayrī : « Al-Miṣbāḥ fī Ṣalāt al-Tarāwīḥ » (v. 1, p. 72)

– L‘imam Al-Suyūṭī : « Al-Ḥāwī lil-Fatāwī » (v. 2, p. 72)

– L’imam Al-Ṣanʿānī : « Subul al-Salām » (v. 1, p. 345)

– L’imam Al-Mubārakfūrī : « Tuḥfat al-Aḥwadhī » (v. 3, p. 523)

– L’imam Al-Kittānī : « Al-Fatāwā al-Fiqhiyya al-Kubrā » (v. 1, p. 194)

– Shaykh Al-Albānī : « Qiyām Ramaḍān » (p. 22) ; « Ṣalāt al-Tarāwīḥ » (p. 15)

– Shaykh Ibn Bāz : « Fatāwā Nūr ʿalā al-Darb » (v. 10, p. 33) ;

– Shaykh Ibn ʿUthaymīn : « Sharḥ al-Mumtiʿ » (v. 4, p. 52), « Al-Taʿlīqāt ʿalā al-Kāfī » (v. 1, p. 443), « Fatāwā Nūr ʿalā al-Darb » (v. 14, p. 188)

– Shaykh Muqbil : « Fatāwā wa Naṣāʾiḥ » (question 47)

2 : Al-Bukhārī (n° 998) et Muslim (n° 751)

3 : Rapporté par Aḥmad (n° 16289, 16296), Ibn Ḥibbān (n° 2449), Abū Dāwūd (n° 1439), Al-Tirmidhī (n° 474) et Al-Nasāʾī dans « al-Sunan al-Kubrā » (n° 1392). Il a été authentifié par Shaykh Al-Albānī.

4 : Al-Bukhārī (n° 722) et Muslim (n° 412)

5 : Rapporté par Aḥmad (n° 21447), Ibn Ḥibbān (n° 2547), Abū Dāwūd (n° 1375), Al-Tirmidhī (n° 817), Al-Nasāʾī dans « al-Sunan al-Kubrā » (n° 1289) et Ibn Mājah (n° 1327). Il a été authentifié par Shaykh Al-Albānī.

6 : Al-Bukhārī (n° 990) et Muslim (n° 749)

7 : ʿĀʾisha رضي الله عنها a dit : « Il priait deux unités de prière après le witr alors qu’il était assis. » Muslim (n° 738)

8 : Muslim (n°: 1944)