Le fléau de la science est l’oubli

 

Parmi les paroles répandues que certaines personnes citent comme étant un hadith du Prophète ﷺ figure cette parole : « Le fléau de la science est l’oubli », ou dans sa formulation plus complète : « Le fléau de la science est l’oubli, et la perdre consiste à la transmettre à ceux qui n’en sont pas dignes. »

Cette parole renferme assurément un sens juste. 

En effet, la science acquise peut disparaître de la mémoire lorsqu’elle n’est ni révisée ni entretenue. Toutefois, la justesse du sens d’une parole ne suffit pas pour permettre de l’attribuer au Messager d’Allah ﷺ. 

Il convient donc de distinguer deux questions que l’on confond parfois : l’authenticité du sens et l’authenticité de son attribution au Prophète ﷺ.

Concernant son attribution au Messager d’Allah ﷺ, cette parole n’est pas authentiquement rapportée de lui.

Elle a notamment été rapportée d’après Al-Aʿmash, qu’il aurait dit : « Le Messager d’Allah a dit : “Le fléau de la science est l’oubli, et la perdre consiste à la transmettre à ceux qui n’en sont pas dignes.” »(1)

Or, cette chaîne de transmission est interrompue, puisque Al-Aʿmash n’a évidemment pas pu rencontrer le Prophète ﷺ et qu’il n’est pas établi qu’il ait entendu d’un seul Compagnon.

Comment pourrait-il en être autrement concernant le Prophète ﷺ alors qu’Al-Aʿmash est né en 61 H, soit près d’un demi-siècle après sa mort, et qu’il est décédé en 148 H(2) ? 

L’imam Al-Tirmidhī رحمه الله a aussi dit à son sujet : « Il n’a entendu aucun des Compagnons. »(3)

L’imam ʿAlī ibn Al-Madīnī رحمه الله a également précisé qu’Al-Aʿmash avait vu Anas ibn Mālik رضي الله عنه à La Mecque, mais qu’il n’avait pas entendu de lui.(4)

Ce récit ne peut donc être considéré, sous cette forme, comme un hadith authentiquement établi du Prophète ﷺ.

Cette parole a également été rapportée avec la formulation : « Toute chose possède un fléau, et le fléau de la science est l’oubli. »(5)

L’imam Al-Bayhaqī a toutefois signalé la faiblesse de celle-ci en précisant que Muḥammad ibn ʿAbd Allah Al-Ḥabṭī était le seul à l’avoir rapportée ainsi de Shuʿba et qu’il n’était pas fort dans le hadith.(6)

C’est pourquoi les spécialistes du hadith ont jugé faible l’attribution de cette parole au Prophète ﷺ. 

L’imam Al-Sakhāwī(7) et Shaykh Al-Albānī(8)ont ainsi considéré faible son attribution au Prophète ﷺ en raison de l’interruption de sa chaîne de transmission.

Donc, même si la parole « Le fléau de la science est l’oubli » exprime une réalité connue, il n’est pas correct de l’attribuer avec certitude au Prophète ﷺ.

Cette distinction est importante, car la préservation de la Sunna exige de vérifier non seulement que le sens d’une parole est conforme à la religion, mais également que son attribution au Messager d’Allah ﷺ repose sur une transmission établie.

 

Puisse Allah nous accorder une science bénéfique, nous aider à la mémoriser, à la réviser et à la mettre en pratique, nous préserver d’attribuer à Son Messager ﷺ ce qu’il n’a pas dit, et nous compter parmi ceux qui suivent la Sunna avec science et clairvoyance.

 

Écrit par l’humble serviteur espérant le pardon de son Seigneur :

ʿĀdil Al-Ṣiqilī

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1 : Rapporté par Ibn Abī Shayba (n° 26139)

2 : « Tahdhīb al-Tahdhīb » (v. 4, p. 222-226)

3 : « Jāmiʿ al-Taḥṣīl fī Aḥkām al-Marāsīl » (p. 188)

4 : « Tahdhīb al-Tahdhīb » (v. 4, p. 222-226)

5 : Rapporté par Al-Bukhārī dans « Al-Tārīkh al-Kabīr » (n° 844)

6 : Rapporté par Al-Bayhaqī dans « Shuʿab al-Īmān » (n° 4647)

7 : « Al-Maqāṣid al-Ḥasana » (p. 39)

8 : « Silsilat al-Aḥādīth al-Ḍaʿīfa wa al-Mawḍūʿa » (n° 1303)