﷽
Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Celui qui instaure une bonne tradition aura sa récompense et la récompense de ceux qui ont œuvré avec durant sa vie et après sa mort jusqu’à ce qu’elle soit délaissée… »(1)
Il est de ce fait inévitable que des Sunans se voient délaissées avec le temps et l’éloignement de l’époque de la révélation.
Toutefois, Allah ﷻ a choisi au début de chaque siècle des individus pour faire triompher la vérité.
Le Prophète ﷺ a dit : « Au début de chaque siècle, Allah envoie un réformateur qui renouvelle à cette communauté les affaires de leur religion »(2) ; et il ﷺ a dit : « Il ne cessera d’y avoir un groupe de ma communauté qui se tiendra sur la vérité. Et ils seront ainsi jusqu’à ce que vienne le commandement d’Allah [l’Heure]. »(3)
Malheureusement, on entend de plus en plus fréquemment des individus, même parmi ceux affiliés aux études et à la prédication, et l’on lit sur des sites « religieux » ainsi que sur des chaînes et comptes de « rappels », que telle parole ou tel acte prophétique est une Sunna délaissée qu’il convient de mettre en pratique et de faire revivre.
Ils s’empressent de qualifier telle parole ou tel acte prophétique de Sunna délaissée pour la simple raison qu’ils viennent de la découvrir, ou parce que les personnes qui les entourent et côtoient ne la connaissent pas ou ne la mettent pas en pratique. Cela, sans même qu’un savant ne les ait précédés dans cette conclusion.
Ainsi, pour mieux comprendre ce sujet, savoir quand une Sunna est effectivement considérée comme délaissée et doit être mise en pratique, et mettre fin aux déductions infondées et précipitées de certains, il était nécessaire de rédiger ces quelques lignes.
En effet, lorsqu’il a été demandé à Shaykh Muḥammad ibn ʿUmar Bāzmūl حفظه الله : « Quel est le critère concernant les Sunans abandonnées ? Nous est-il possible de compter parmi les Sunans délaissées tout hadith rapporté que nous ne voyons pas être mis en pratique par les gens ? », il a répondu : « Les Sunans abandonnées sont celles dont il a été confirmé que le Messager ﷺ les accomplissait dans une intention d’adoration, et que les gens ont délaissées.
Donc, ce dont la chaîne de transmission n’a pas été authentifiée n’est pas une Sunna.
Pareil pour ce dont la chaîne de transmission a été authentifiée et que les Salafs ont délaissé la mise en pratique, ce n’est pas une Sunna.
Il en est de même pour ce dont la chaîne de transmission a été authentifiée et que le Messager ﷺ ne faisait pas dans une intention d’adoration et de rapprochement d’Allah : ce n’est pas une Sunna.
Tout comme ce dont il a été confirmé que le Messager ﷺ le faisait dans une intention d’adoration et que les gens n’ont pas délaissé n’est pas une Sunna abandonnée.
Ainsi, tout ce qui est authentique du Messager ﷺ n’est pas automatiquement une Sunna abandonnée, jusqu’à ce que sa mise en pratique dans une intention d’adoration soit confirmée.
Et certains individus tombent dans l’exagération à ce sujet. Chaque fois qu’ils trouvent un hadith authentique à propos de quelque chose, et qu’ils ne le voient pas connu des gens, ils se mettent alors à le considérer comme une Sunna abandonnée. De ce fait, ils ne distinguent ni entre ce qui provient du Messager ﷺ sur la base de la nature humaine sans viser par cela l’adoration, ni entre ce que les Salafs ont délaissé comme pratique. Au contraire, il se peut même qu’ils ne prêtent pas attention au fait que ce hadith peut relever de la rubrique de ce qui a été abrogé, est équivoque ou spécifique, ou encore d’autres sens.
C’est pourquoi j’affirme que le musulman ne doit pas se précipiter à conclure que ce hadith fait partie des Sunan abandonnées à partir de la seule authenticité du hadith… »(4)
De ce fait, avant de conclure qu’une Sunna est délaissée, il faut d’abord vérifier que le hadith est :
1- Authentique
Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Quiconque rapporte de moi un hadith qu’il pense être un mensonge est alors un des menteurs »(5), et dans une autre version : « … est alors un des deux menteurs »(6)
– L’imam Al-Nawawī رحمه الله a dit dans l’explication de ce hadith : « Il est interdit de rapporter un hadith mawḍūʿ – inventé – pour quelqu’un qui sait que celui-ci est mawḍūʿ, ou pense fortement qu’il est mawḍūʿ. Quiconque rapporte donc un hadith qu’il sait ou pense être inventé sans clarifier l’état de sa narration et de son invention sera alors inclus dans cette menace et inscrit dans la classe des menteurs à l’encontre du Messager d’Allah ﷺ. Et cela est également démontré par le hadith précédent : “Quiconque rapporte de moi un hadith qu’il pense être un mensonge est alors un des menteurs.” C’est pourquoi les savants ont dit : “Quiconque veut rapporter un hadith ou le mentionner doit vérifier. Ainsi, si celui-ci est authentique ou bon, il dira : ‘Le Messager d’Allah ﷺ a dit telle chose, a fait telle chose’, ou des formules d’affirmation similaires. Et si celui-ci est faible, alors il ne dira pas : ‘Il a dit’, ‘Il a fait’, ‘Il a ordonné’, ‘Il a interdit’ ou toute autre formule d’affirmation semblable. Il dira plutôt : ‘Il a été rapporté de lui telle chose’, ‘Il a été narré’, ‘Il a été mentionné’, ou ce qui y ressemble…’ »(7)
Il faut donc vérifier que le hadith répond bien aux conditions d’acceptation fixées par les savants de la terminologie, ou qu’un savant du hadith l’ait authentifié pour le certifier et l’affilier au Messager d’Allah ﷺ.
2- Accompli dans le but d’adorer Allah ﷻ
Lorsque ʿUmar ibn Al-Khaṭṭāb رضي الله عنه s’est penché vers la Pierre Noire [qui se trouve dans l’un des coins de la Kaʿba, dans la Mosquée Sacrée de La Mecque], il a dit : « Certes, je sais que tu n’es qu’une pierre, et si je n’avais pas vu le Prophète ﷺ t’embrasser, alors je ne t’aurais pas embrassée. »(8)
Ce récit de ʿUmar ibn Al-Khaṭṭāb رضي الله عنه illustre donc qu’on ne peut déduire une Sunna prophétique que lorsque la parole ou l’acte mentionné a été accompli dans l’intention d’adorer Allah ﷻ et de se rapprocher de Lui ﷻ. Étant donné que si cette pratique, à savoir embrasser la Pierre Noire de la Kaʿba, n’était pas un acte que le Prophète ﷺ avait accompli dans l’intention d’adorer Allah, ʿUmar ibn Al-Khaṭṭāb رضي الله عنه ne l’aurait alors pas reproduite.
3- Mis en pratique
Après avoir vérifié que cet acte ou cette parole est authentiquement affilié au Prophète ﷺ, et qu’il ﷺ l’a accompli dans l’intention d’adorer Allah ﷻ, il faut s’assurer que cette Sunna n’est pas abrogée ; générale mais accompagnée de ce qui vient la particulariser ; absolue mais accompagnée de ce qui vient la restreindre ; ou qu’il n’existe pas d’autres indices venant lui donner un autre sens que celui exprimé par ses termes.
Par exemple, l’imam Muslim a rapporté dans son authentique le hadith de Burayda ibn al-Ḥuṣayb al-Aslamī رضي الله عنه dans lequel le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Je vous avais certes interdit de visiter les tombes ; maintenant visitez-les… »(9)
Ce hadith démontre donc l’abrogation d’une Sunna authentique, étant donné que le Prophète ﷺ a dans un premier temps interdit la visite des tombes puis l’a ensuite autorisée.
Également, ce hadith peut illustrer la généralité d’un jugement qui a ensuite été particularisé, car dans celui-ci le Messager d’Allah ﷺ a autorisé la visite des tombes de manière générale, alors qu’il ﷺ l’a particulièrement interdite aux femmes dans un autre hadith.
Abū Hurayra رضي الله عنه a dit : « Le Messager d’Allah ﷺ a maudit les visiteuses de cimetières ! »(10)
4- Délaissée
Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Celui qui instaure une bonne tradition aura sa récompense et la récompense de ceux qui œuvrent avec durant sa vie et après sa mort jusqu’à ce qu’elle soit délaissée… »(11)
De ce fait, des Sunans se verront inévitablement délaissées.
Il est donc interdit de conclure qu’une Sunna est délaissée simplement parce qu’on vient de la découvrir, ou parce qu’on ne voit pas ou peu de personnes la mettre en pratique autour de nous.
Pour affirmer cela, il faut impérativement retourner aux savants afin de s’assurer que cette Sunna est authentiquement affiliée au Messager d’Allah ﷺ, qu’il ﷺ l’a mise en pratique dans l’intention d’adorer Allah ﷻ, qu’elle doit bien être mise en pratique, et qu’elle est effectivement délaissée par les gens.
Puisse Allah nous accorder la connaissance, le suivi et la pratique de la Sunna authentique de notre Prophète Muḥammad ﷺ, et de nous accorder de faire partie de ceux à propos desquels le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Celui qui montre un bien a la même récompense que celui qui l’a fait. »(12)
Écrit par l’humble serviteur espérant le pardon de son Seigneur :
ʿĀdil Al-Ṣiqilī

1 : Rapporté par Al-Ṭabarānī (n° 184) et dans « Musnad al-Shāmiyyīn » (n° 2560). Il a été authentifié par Shaykh Al-Albānī dans « Ṣaḥīḥ al-Targhīb wa al-Tarhīb » (n° 1222)
2 : Rapporté par Abū Dāwūd (n° 4243), Al-Ḥākim (n° 8817) et Al-Bayhaqī dans « Maʿrifa al-Sunan wa al-Āthār » (n° 422). Il a été authentifié par Shaykh Al-Albānī dans « Silsila al-Aḥādīth al-Ṣaḥīḥa » (n° 599)
3 : Al-Bukhārī (n° 7307)
4 : http://mohammadbazmool.blogspot.com/2015/01/blog-post_622.html
5 : Rapporté par Aḥmad (n° 18184, 18211), Al-Ṭayālisī (n° 725), Al-Tirmidhī (n° 2866), Al-Ṭaḥāwī (n° 423) et Al-Ṭabarānī (n° 1020). Il a été authentifié par l’imam Al-Tirmidhī (v. 3, p. 306) et Shaykh Al-Albānī (n° 2662)
6 : Rapporté par Aḥmad (n° 18184, 18211, 18240), Muslim dans l’introduction de son authentique (n° 1), Ibn Mājah (n° 40) et Al-Ṭabarānī (n° 1020–1022). Il a été authentifié par Shaykh Al-Albānī dans « Ṣaḥīḥ Ibn Mājah » (n° 39)
7 : « Al-Minhāj Sharḥ Ṣaḥīḥ Muslim » (v. 1, p. 71)
8 : Al-Bukhārī (n° 1610),et Muslim (n° 1284)
9 : Muslim (n° 989)
10 : Rapporté par Aḥmad (n° 8449), Al-Tirmidhī (n° 1083), Ibn Mājah (n° 1558) et Al-Bayhaqī (n° 7284). Il a été authentifié par l’imam Al-Tirmidhī dans (v. 2, p. 278) et Shaykh Al-Albānī dans « Irwāʾ al-Ghalīl » (n° 774)
11 : Rapporté par Al-Ṭabarānī (n° 184) et dans « Musnad al-Shāmiyyīn » (n° 2560),. Il a été authnetifié par Shaykh Al-Albānī dans « Ṣaḥīḥ al-Targhīb wa al-Tarhīb » (n° 1222)
12 : Muslim (n° 1944)